Trop aider nuit à l'autonomie. Doser son niveau d'aide est l'une des compétences les plus difficiles, et les plus déterminantes, du travail éducatif.
Quand on accompagne une personne avec des difficultés, TSA, déficience intellectuelle, troubles du développement, la tentation naturelle est d'aider le plus possible. On guide la main, on anticipe la difficulté, on complète ce qui reste inachevé. C'est une posture bienveillante. Et pourtant, c'est souvent précisément cette aide qui empêche le développement de l'autonomie.
En neuropsychologie, on parle de dépendance acquise aux prompts : la personne apprend que l'aide vient, et attend qu'elle vienne. Elle ne développe pas ses propres stratégies parce qu'elle n'en a pas besoin, on lui fournit les siennes. Plus on aide, moins elle essaie. Moins elle essaie, moins elle acquiert.
"Laisser faire" ne signifie pas abandonner. Ce n'est pas observer l'échec sans intervenir. C'est calibrer son niveau d'aide au niveau de compétence réel de la personne, ni en dessous, ni au-dessus.
L'objectif est de maintenir la personne dans ce que Vygotsky appelait la Zone Proximale de Développement : juste au-delà de ce qu'elle sait déjà faire seule, mais pas trop loin pour qu'elle puisse y arriver avec un niveau d'aide minimal. C'est dans cette zone, et uniquement là, que les apprentissages réels se consolident.
Pour chaque compétence, l'objectif est de commencer au niveau d'aide le plus bas possible et de remonter seulement si nécessaire :
L'erreur fréquente est de partir du niveau 6 ou 7 "par sécurité", et de ne jamais le diminuer. La hiérarchie ne sert que si on la diminue progressivement dès que possible.
Laisser faire est l'un des actes les plus exigeants du travail éducatif. Il faut tolérer l'inconfort de l'erreur, résister à l'urgence d'intervenir, et faire confiance à la capacité de la personne, parfois avant qu'elle ait eu l'occasion de la démontrer.
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